dimanche 21 décembre 2014

Sauvetage d'une chapelle troglodyte

Aujourd'hui, Urgences Patrimoine est en Val de Loire. 
Nous laissons la parole à Monsieur et Madame Buonomano :
"Nous sommes propriétaires d'un domaine à Nazelles en Indre-et-Loire qui comprend notamment une chapelle seigneuriale semi-troglodyte. Le Manoir de la Guépière date du XVIème siècle, il supervisait un gué sur la rivière et le seigneur du lieu s'appelait Pierre, d'où le nom de Gué de Pierre qui devint plus tard "Guépière". Le Manoir possède encore des éléments Renaissance (partie  gauche de la façade et pignons), le reste ayant été restauré dans les années 1930.


Il fut la propriété  du père de Paul Scarron, célèbre poète burlesque qui fut le premier mari de Madame de Maintenon, favorite puis épouse de Louis XIV.
Scarron et sa femme séjournèrent au Manoir lors de voyages en Touraine.


L'étonnante chapelle seigneuriale, semi-troglodyte, a malheureusement subi de graves atteintes au fil des ans et est en péril car la voûte de roche s'est effondrée et le mur sud risque de tomber. Elle comporte des fragments de peintures murales du XVIème siècle (faux appareillage de pierre et croix de consécration a fresco). Peut-être la future Madame de Maintenon a-t-elle prié dans cette chapelle tandis que son mari tentait de reprendre, sans succès, les revenus du fief de sa belle-mère...

L'historique de notre démarche en quelques points : Nous avons acheté le manoir en  2012, celui-ci avait été abandonné depuis plusieurs années et nous avons effectué de nombreux travaux à l'extérieur pour le remettre en état ou le consolider. Nous avons fait dégager les restes de la chapelle des arbres qui l'encombraient et nettoyer le haut du coteau au-dessus. Les premières constatations avec l'aide d'une professionnelle laissent donc apparaître les traces de fresques du XVIème siècle et différents ornements sur les murs. 



Nous avons maintenant fait appel, soutenus par Urgences Patrimoine, à des moyens plus lourds pour sortir les blocs de pierre, vestiges de l'effondrement du toit en roche, et rechercher le niveau du sol pour savoir si elle recèle d'autres "trésors". Sans Urgences Patrimoine nous pensons que malheureusement la chapelle aurait fini de s'écrouler, faute de moyens pour la sauver...


Parallèlement, nous devrons encore faire renforcer les murs pour éviter tout effondrement qui signifierait la fin de cette chapelle. Ensuite, nous bâtirons un toit pour la protéger et ferons restaurer les peintures. L'ensemble des travaux sera supervisé par "Urgences Patrimoine" qui nous aide dans notre démarche pour redonner vie à ce monument, en conseils et avec leur site de mécénat.
Nous projetons ultérieurement de consolider les murs d'enceinte du domaine qui sont aussi très fragiles et menacent de s'écrouler par endroits."


Urgences Patrimoine a fait intervenir un artisan terrassier afin qu'il dégage l'intérieur de la chapelle, sous le contrôle de Sabine de Freitas, notre déléguée Indre-et-Loire.  C'est la première convention de mécénat de compétence avec une entreprise: la société Terra Nova Terrassement a travaillé deux jours et demi pour une journée payée afin d'aider les propriétaires dans cette urgence.
Un bel exemple de solidarité.

Les découvertes espérées...

Dans la sauvegarde du patrimoine, on voit bien l'importance du mécénat combiné au bénévolat. La tâche est certes immense, dans un pays comme la France, mais tellement exaltante ! Notre passé,  nos racines méritent bien qu'on s'y attache. C'est à nous qu'il incombe de transmettre les formidables legs de nos ancêtres. C'est un travail et une attention de tous les instants. C'est un engagement fait de bonne volonté et d'enthousiasme.
Partout, sur le terrain, auprès des administrations, aux archives et dans les bibliothèques nos délégués d'Urgences Patrimoine ont à coeur de dénicher les patrimoines en péril, connaître leur historique, prendre les contacts nécessaires et mettre en oeuvre les  restaurations urgentes. 
Et grâce à notre site de collecte de fonds, vous pouvez vous aussi devenir les mécènes et nous aider à sauver ces patrimoines!
N'hésitez pas, adoptez Une Pierre Pour l'Histoireupph.fr !!!


Sabine de Freitas avec François Hagnéré

Photos : Urgences Patrimoine. 

dimanche 14 décembre 2014

Restauration de l'Eglise d'Arc-sur-Tille : une ténacité exemplaire

En novembre 1989, une pierre se détache à l'intérieur de l'Eglise d'Arc-sur-Tille, charmante commune de la Côte d'Or.  Le maire d'alors décide de sa fermeture. Puis, en l'absence de suivi quant à la restauration de l'édifice, M. André Fanjaud crée l'UEPA (Une Eglise Pour Arc-sur-Tille), association qui est officialisée en 1991.


Façade de l'Eglise d'Arc-sur-Tille (21).
 
S'en suit une excellente collaboration entre la DRAC, la commune et l'UEPA. Une étude pour la restauration est finalisée en 1995. Mais à la suite de l'élection d'un nouveau maire, la démolition de l'église est votée le 6/12/2005 et aucun remplacement n'est prévu. C'est alors qu'une grande protestation commença avec la signature d'une pétition par 29 architectes du patrimoine, des érudits, des personnalités, des bénévoles et des personnes de bonne volonté. Des milliers de signatures sont recueillies. Mais, hélas, rien n'y fait. Monseigneur Minnerath, l'évêque local, bloque alors le funeste projet en exigeant "un lieu de culte viable et pérenne" avant de désacraliser l'édifice existant. Il bloque ainsi la scandaleuse démolition.


On fait appel en justice. Le maire est alors débouté. Puis deux inspecteurs généraux mandatés par le Ministère de la Culture donne leur avis. Il est sans appel : "les avis alarmistes sont infondés". En 2008, une municipalité ouverte au dialogue est élue. Elle fait nettoyer les 4,8 tonnes de fientes de pigeons qui avaient squatté l'édifice. C'est l'UEPA qui finance cette opération. Puis les mécènes et les  particuliers font de nouveaux dons à l'association.
De très nombreux articles de presse, des émissions de télévision, et un incessant travail de  communication font le reste. Il faut sauver Arc-sur-Tille ! L'église est à présent en plein travaux, je vous passe les détails techniques, le site de l'association est à ce sujet fort bien documenté, les photos sont abondantes et de grand qualité.
C'est un chantier colossal pour un édifice splendide de 1829. Son style est typique de la Restauration, l'intérieur est superbe d'élégance et de majesté. Je vous invite à le découvrir sur le site de l'UEPA. Le choeur somptueux est orné de reproductions de tableaux célèbres dont la Cène de Vinci, et une oeuvre de Flandrin (Baptême du Christ) et de Raphaël (Mariage de la Vierge). On peut y voir un admirable maître-autel en marbre de style Renaissance florentine.
J'ai consacré plusieurs articles à cette merveille.
Mon ami André Fanjaud, Président de l'UEPA, à qui je voudrais rendre hommage, a eu un immense mérite. La renaissance de ce beau sanctuaire d'Arc-sur-Tille est sa passion, c'est aussi son oeuvre et celle de tous les bénévoles et amis de cette magnifique cause.
C'est volontairement que je ne mets pas davantage de photos, pour vous inviter à les découvrir sur le site de l'UEPA, voir l'ampleur des travaux et faire un petit don. Merci à vous !

François Hagnéré
Délégué d'Urgences Patrimoine pour la Charente Maritime.

Photos reproduites ici avec l'aimable autorisation de l'UEPA.

samedi 6 décembre 2014

Patrimoine, patrimoines…


Il y a quelque temps, une institutrice de Cluny me demandait si je pouvais l’aider dans le déroulement d’un projet pédagogique, ayant pour thème le patrimoine, pour un groupe d’élèves de CE2, CM1 et CM2.
J’acceptais immédiatement ; elle m’expliqua son programme et nous tombions d’accord sur mes interventions qui se passeraient d’abord dans les rues de Cluny, puis dans ma maison médiévale aux multiples merveilles…

Ensuite, j’ai réfléchi à une méthode pour leur présenter le sujet de façon simple…
Je me suis posé la question : qu’est-ce que le patrimoine ?
Il y a le patrimoine individuel et le patrimoine collectif…
Il y a le patrimoine historique et culturel, et le patrimoine financier…
Il y a le patrimoine protégé et le patrimoine non protégé…
Il y a le patrimoine de grande notoriété et le patrimoine considéré comme secondaire…
Et puis, on combine toutes ces catégories !
Il y a donc non pas un, mais des patrimoines.

Nanti de ces réflexions, je suis allé l’esprit serein à la rencontre d’une douzaine d’enfants qui avaient librement choisi ce sujet parmi un éventail d’autres…

Je leur ai donc expliqué que ma maison était mon patrimoine individuel (je l’ai acheté devant Notaire) et financier (c’est le résultat de toute ma vie professionnelle), mais il est aussi historique et culturel puisqu’une partie de l’histoire de Cluny y est inscrite dans les murs ; il est non protégé par l’État, mais plutôt bien par mes soins ; il est considéré comme secondaire, mais je m’investis pour que cela change !

À la fin de ces trois séances, je les ai interrogés :
J’ai partagé mon patrimoine avec vous. Est-ce que ça vous a enrichi ?
Oui ! m’ont-ils répondu spontanément !
Et, est-ce que ça m’a appauvri ?
Non ! m’ont-ils répondu après un petit instant d’hésitation, lié à la surprise.

Conclusion : 

Partageons notre patrimoine, 

cela nous enrichit !

Photo 1 : place Notre Dame, devant la maison des Dragons

Photo 2 : dans mon petit musée !

Jean-Luc Maréchal, dit "Lucuț".

mercredi 26 novembre 2014

La curieuse église de Carnac

Dédiée à Saint Cornély que les paysans vénèrent, le 13 septembre de chaque année, en un grand pardon breton, où ils amènent leurs bestiaux pour lui demander de les préserver de l'épizootie, l'église de Carnac est un curieux exemple de mélange de style Renaissance et néo-classique du plus bel effet.
Construite en 1639, avec d'anciens menhirs, l'édifice est accompagné d'un clocher pyramidal flanqué à sa base sur le couronnement de la tour qui le supporte, de quatre petits clochetons d'angles entourés d'une galerie.


Le porche de style néo-grec, sculpté par Kergoustin en 1792, placé du côté septentrional donne accès à l'édifice. Il est formé d'un avant-corps percé d'une porte en plein cintre, ce porche est, par ailleurs, soutenu à ses angles par deux paires de colonnes doriques, surmontées d'une balustrade à jour qui se continue en retour d'angles.
Cette balustrade est couronnée par une sorte de baldaquin dans le style Jésuite, formé de trois étages de consoles superposées de dimensions de plus en plus réduites, terminées en une couronne royale surmontée d'une croix. L'ensemble ne manque pas de surprendre.


L'église renferme dans ses chapelles de beaux retables Renaissance, ornés de colonnes de marbre, les voûtes en berceau dont elle est recouverte sont en lambris décorés de magnifiques tableaux relatant la vie de Saint Cornély. Ils furent réalisés par Le Corre de Pontivy. La voûte de la chapelle du Rosaire date de 1732 et son retable est en tous points admirable.



La chaire, la clôture du choeur et la table de communion sont des oeuvres d'art exceptionnelles de la ferronnerie du XVIIIème siècle, qui méritent une attention particulière. La richesse du décor intérieur de l'église demeure un témoignage vivant de la foi chrétienne à travers les âges. Une visite en cette étonnante église reste un souvenir extrêmement attachant et en particulier quand on s'intéresse à la sauvegarde des beaux monuments en péril.



Si la petite ville de Carnac est célèbre pour ses quelques 2000 menhirs qui se dressent en alignements réguliers, comme pour évoquer une vision des temps héroïques, l'église Saint Cornély, moins connue, est l'exemple parfait d'un beau patrimoine sauvegardé et régulièrement entretenu.

François Hagnéré
Délégué d'Urgences Patrimoine pour la Charente Maritime

Crédit photographique Wikipedia: 1 - Vassil et 2, 3, 4 et 5 - Pierre André Leclerc

dimanche 23 novembre 2014

Faire attention au Patrimoine!

Notre Délégué de la Drôme , Jérôme Martin, lors d'une visite de contrôle des ruines de Mantaille, a constaté des dégradations faites par des visiteurs peu attentifs à la fragilité du site.


Jérôme a donc mis en ligne et diffusé ce petit film afin d'expliquer avec des mots simples, venant du coeur, que ce manque d'attention peut devenir un manque de respect...
Urgences Patrimoine vous conseille de visualiser ce film et de le diffuser à votre tour.

VOIR LA VIDEO


mardi 18 novembre 2014

Rochefort : Rien ne va plus en la Cité de Colbert !

Sur la Place Colbert, à la magnifique fontaine du XVIIIème siècle, on peut voir le mariage de la Charente et de l'Océan, symbolisé par Neptune. On peut aussi y voir les roseaux, emblèmes du Marais des Origines, ceux qui entourent Rochefort, qui nous protègent et où nous pouvons admirer cygnes, hérons et cette flore si particulière. Cette qualité de vie, on nous l'envie, elle attire de très nombreux visiteurs, touristes, curistes et retraités qui viennent y goûter un repos bien mérité.
Le pacte symbolique entre le fleuve et l'océan a permis l'éclosion de cette belle bio-diversité. Osera-t-on remettre tout cela en cause ? Permettra-t-on que ce fragile équilibre écologique soit rompu ? La Ligue pour la Protection des Oiseaux a son siège à Rochefort, ce n'est pas pour rien !


Construire un hyper-incinérateur en cette zone protégée et sauvegardée est non seulement un non-sens mais un crime odieux qui non content de détruire ce qui fait l'orgueil du Pays Rochefortais, coûtera au bas mot 82 millions d'Euros hors taxes qui seraient plus utiles ailleurs (chaussées, trottoirs éventrés, églises en piteux état, Maison de Pierre Loti pour laquelle la municipalité cherche désespérément des mécènes, centre d'interprétation du patrimoine juste à côté dans un très bel immeuble laissé à l'abandon, etc...). La taxe poubelles augmentera de 60 % en 4 ans. Les cancers et malformations seront en hausse. Le paysage sera défiguré, cet hyper-incinérateur est énorme et le contournement ouest en pleine zone de marais protégé, censé faciliter la rotation des camions venus de tout le département, menaceront directement le tourisme, une des principales sources de revenus de la commune.


La prévention, le tri, la collecte des bio-déchets, le recyclage, la réparation et la réutilisation sont des solutions d'avenir. Un avenir propre et sain. D'autres villes en France et à l'étranger, comme San Francisco, le font, pourquoi pas nous ? Avec les atouts qui sont les nôtres, cela s'impose ! et c'est impératif ! Et comme cela ne suffisait pas, la muncipalité de Rochefort a signé pour la construction de serres géantes de production de tomates hors sol insipides et chauffées avec l'hyper-incinérateur. Adieu donc les bons produits du Terroir Charentais. Elle envisage même très sérieusement l'installation d'un MacDo juste à côté du célèbre Pont Transbordeur ! Bonjour la malbouffe ! Et cerise sur le "gâteau empoisonné", une rocade plus large sera construite contournant Rochefort par l'Ouest en pleine zone de marais protégé" et en partie habitée. Du haut du pont-viaduc de Martrou, on ne verra plus que l'hyper-incinérateur.


Mais c'est un génocide à long terme, les humains, les règnes végétal, animal et minéral seront touchés. Ma prise de position dans l'Hebdo de Charente Maritime du 9 octobre 2014 a été passée sous silence. Elle a été lue, bien sûr, ici tout le monde s'espionne. Porteur d'un projet, une fois de plus, on m'a ignoré et méprisé. Des pétitions ont circulé, des prises de position de personnalités locales, de citoyens, une manifestation qui a rassemblé 2000 personnes, une rumeur qui enfle et un mécontentement  grandissant en ville : rien n'y fait, la municipalité, dans son entêtement, campe sur ses positions. Un débat contradictoire a été demandé à Rochefort (plusieurs ont eu lieu dans les communes environnantes), rien. La démocratie a bien du mal à se faire entendre en la Cité de Colbert !

François Hagnéré
Délégué d'Urgences Patrimoine pour la Charente Maritime.

Illustrations : Fontaine de la Place Colbert, Eglise Saint-Louis de Rochefort (collection de l'auteur).
Simulation visuelle du futur incinérateur par Thierry Kieffer.

jeudi 13 novembre 2014

Une loterie pour sauver le patrimoine?

Hier, Alexandra Sobczak, présidente d'Urgences Patrimoine, était l'invitée, avec François de Mazières, député-maire de Versailles, de Dimitri Pavlenko dans l'émission Le Grand Référendum sur Sud Radio, pour débattre du financement du Patrimoine et de sa sauvegarde.


Monsieur de Mazières a proposé qu'un rapport soit remis par le Gouvernement au Parlement sur la possibilité d'affecter au Centre des Monuments Nationaux les bénéfices d'un tirage exceptionnel du loto réalisé à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine.
Alexandra Sobczak a félicité cette initiative et mis en avant qu'il ne faut pas oublier le petit patrimoine, ou patrimoine local, et l'importance des associations de sauvegarde qui oeuvrent aussi 
à sa pérennité. 
Un bel échange de points de vue allant dans le même sens: remettre le Patrimoine à une place d'importance. En faire une grande cause nationale dès l'an prochain.

Ecouter l'émission.

Signer la Pétition pour que la sauvegarde du Patrimoine soit reconnue grande cause nationale 2015 adressée à Madame la Ministre de la Culture.

lundi 10 novembre 2014

Centenaire de la Grande Guerre : Reims, la cathédrale-martyre


A l'occasion du Centenaire de la Grande Guerre 14-18, comment ne pas évoquer la cathédrale-martyre : Notre-Dame de Reims ?
Haut-lieu de l'Histoire de France, la cathédrale est le fruit du travail de ces milliers de compagnons et de Jean d'Orbais, Jean le Loup, Gaucher de Reims, Bernard de Soissons et Robert de Coucy, ces cinq maîtres d'oeuvre de génie qui accomplirent à Reims un véritable tour de force.
La cathédrale est orientée au 15 août, fête de l'Assomption de la Vierge, à laquelle elle est dédiée. Le Sagittaire qui figure en haut du gâble au transept sud est également lié au 15 août, la constellation éponyme dominant le ciel de Reims au soir de cette date. Sa flèche visait autrefois un cerf d'airain  dans la cour du Palais du Tau. Il symbolise la transformation de l'homme en un être spirituel.


En façade, la galerie des rois, ici très en hauteur, scrute l'horizon, en direction du Mont Saint-Michel, autre haut-lieu de l'Occident Chrétien. Sous la cathédrale, une  crypte fut découverte. C'est ici que Saint-Rémi priait la nuit. D'anciens murs de thermes romains furent aussi mis au jour, à 5 mètres de profondeur. Ici s'étendait le baptistère où Clovis fut baptisé, événement primordial pour l'avenir de l'Occident Chrétien.
C'est dans cette magnifique cathédrale gothique que furent, par la suite, couronnés tous les rois de France, sauf un, Henri IV, couronné à Chartres, Reims étant alors aux mains des Protestants.


En 1914, on répertoria 2302 statues à la cathédrale. Dans les mois qui suivirent, l'artillerie allemande bombarda ce haut-lieu de mémoire et du génie français. A compter du 14 septembre 1914, les batteries de 88 Autrichiens déclenchèrent un ouragan de feu sur la ville. La forêt de charpente de 1200 tonnes qui recouvrait la cathédrale, prit feu. La grande rose de la façade se brisa par le milieu. Les flammes embrasèrent les 1500 bottes de paille entassées dans le sanctuaire qui servait alors d'hôpital de campagne pour les blessés allemands.
Le plomb commença à s'écouler des gargouilles, l'Archevêque de Reims, Monseigneur Luçon, y vit les larmes de la cathédrale. 400 tonnes de plomb fondirent ainsi. Dans la nuit du 20 au 21 février 1915, plus de 500 obus furent déversés sur Reims. En avril 1917, ce sont 300 gros obus qui crèvent la voûte en plusieurs endroits.


En janvier 1918, les batteries allemandes, installées sur les hauteurs autour de Reims prennent pour cible la cathédrale. La ville n'est plus qu'un champ de ruines fumantes. De nombreux rémois résistent parmi les décombres. La cathédrale dont les deux tours s'élèvent encore ressemble à un squelette fantomatique, mais elle refuse l'anéantissement.  Ne dit-on pas que la beauté est éternelle ?


Edmond Rostand aura alors ces vers poignants  :

"Ils n'ont fait que la rendre un peu plus immortelle.
L'Oeuvre ne périt pas, que mutile un gredin
Demande à Phidias et demande à Rodin
Si devant ces morceaux, on ne dit plus : "C'est Elle".

La forteresse meurt quand on la démantèle.
Mais le Temple, brisé, vit plus noble ; et soudain
Les yeux, se souvenant du toit avec dédain,
Préfèrent voir le ciel dans la pierre en dentelle.

Rendons grâce, attendu qu'il nous manquait encor
D'avoir ce qu'ont les Grecs sur la colline d'or :
Le symbole du beau consacré par l'insulte!

Rendons grâce aux pointeurs du stupide canon,
Puisque de leur adresse allemande il résulte
Une honte pour eux, pour nous un Panthéon !"


Stratégiquement parlant, la destruction de la cathédrale ne s'imposait nullement. Il faut y voir la volonté délibérée de s'en prendre au génie français et aux sources de notre Histoire. Mais la France est immortelle, Elle aussi ! Puisse le monde un jour vivre en paix et en harmonie, c'est aussi cela le message de Notre-Dame de Reims et de son ange au si attachant sourire.

François Hagnéré

Illustrations : Domenico Quaglio (1787-1837), Notre-Dame de Reims. Le Sagittaire du gâble du transept sud. La galerie des Rois. Bombardements sur la cathédrale de Reims 1914-1918. L'ange au sourire de la façade de la cathédrale. (Toutes ces photos sont dans le domaine public).

vendredi 7 novembre 2014

Salon International du Patrimoine à Paris

Demain, les délégations d'Urgences Patrimoine et leur présidente Alexandra Sobczak se rendront au XXème Salon du Patrimoine au Carroussel du Louvre afin de rencontrer les acteurs du Patrimoine.
Plutôt qu'être présents sur un stand, nous avons décidé cette année d'être des visiteurs actifs et d'aller échanger avec chaque artisan, association, partenaire...
Nous pourrons ainsi expliquer plus en détail nos actions présentes et celles à venir...



jeudi 6 novembre 2014

Avis à la population

Un habitant du Gers a décidé de faire un appel à témoin afin de restituer des plaques de poilus à leurs descendants.
Des personnes l'ont déjà contacté suite à cet article.
Nous saluons tous cette démarche, espérant que chaque plaque retrouvera sa famille...


dimanche 2 novembre 2014

Nous laissons la parole à...

... Sébastien et Anne-Sophie, co-propriétaires du Prieuré de l'Encloître-en-Chaufournais avec leurs parents, Marie-Françoise et Serge Langevin:

"En 1961, notre maman vient vivre en Touraine à l'âge de onze ans avec sa famille, originaire de la Loire-Atlantique et de la Mayenne Angevine. Ils s'installent à Rouziers-de-Touraine, au Prieuré de l'Encloître-en-Chaufournais, ancienne dépendance de l'Abbaye Royale de Fontevraud fondée au XIIème siècle.
Pendant 30 ans notre maman prend part à la perpétuation de la Foire de la Saint Matthieu, une exceptionnelle tradition multiséculaire associée à l'Histoire monacale du lieu!
Elle s'implique en effet dans son organisation dans l'enceinte du Prieuré, où sont accueillies des centaines de personnes à l'occasion de repas conviviaux, après un long (mais enthousiaste!) mois de travail... Nous participons aussi (à notre mesure...) au service, ces samedis de septembre après l'école et cela représente pour nous un très doux et précieux souvenir d'enfance au Prieuré! De nombreux habitants de la Touraine septentrionale, mais aussi du Vendômois et du sud de la Sarthe, gardent un beau souvenir de cette Foire de la Saint Matthieu au Prieuré et nous en parlent encore aujourd'hui!

 

Après nos grands-parents puis notre oncle, nos parents deviennent propriétaires du Prieuré avec nous en 2013. Conscients de la valeur religieuse, historique et culturelle de celui-ci, témoin précieux des 9 siècles qu'il a traversés nous émettons le voeu de réanimer ce Patrimoine et de le transmettre aux générations futures.


Notre priorité concerne les travaux à réaliser d'urgence pour préserver l'ancienne église des XIIème et XVIème siècles, qui a subi de très graves dommages, notamment au cours du dernier siècle.
Pour sa sauvegarde il est en effet impératif de:
corriger les défauts d'étanchéité du choeur et de la nef, supprimer les désordres de stabilité de maçonneries de ceux-ci, refaire la sablière et la corniche septentrionales de la charpente ainsi que la partie la plus urgente de la couverture de la nef.
Nous nous soucions aussi du bâtiment méridional du Prieuré, qui présente les beaux vestiges des anciens dortoirs des moniales, dont le pignon est totalement en ruines, ce qui menace dangereusement l'ensemble...


Avec l'opération Une Pierre Pour l'Histoire, qui sera très prochainement lancée par l'association Urgences Patrimoine, nous espérons être soutenus dans cette démarche pour que le Prieuré de l'Encloître-en-Chauffournais puisse envisager un avenir...
S'ouvrir au public, faire découvrir son histoire et son architecture à travers une exposition et des visites guidées, accueillir des évènements festifs et culturels: telle pourra être la nouvelle vocation de ce lieu chargé d'Histoire, objet aussi d'un grand attachement affectif...

Le principe même de l'opération Une Pierre Pour l'Histoire, que tout le monde va bientôt découvrir, nous a beaucoup séduits, car il place d'emblée les participants dans un mouvement qui va au delà du don. Il est en effet question de partager une véritable aventure collective en faveur d'un patrimoine commun. Avec, à la clé, la recréation d'un véritable espace du vivre ensemble!"


Nous remercions Anne-Sophie et Sébastien pour cet émouvant témoignage et pour la confiance qu'ils nous ont accordée.

samedi 1 novembre 2014

Le mot d'Alexandra

La page Facebook d'URGENCES PATRIMOINE a 6 mois, et plus de 5500 "j'aime"!!!
Ce succès est le vôtre,car immédiatement vous avez été nombreux à vous intéresser à cette nouvelle association qui a pour but premier la sauvegarde du Patrimoine.
L'association a été créée le 12 février 2014...
Rien de bien novateur me direz-vous, car de très grandes et belles associations oeuvrant pour la même chose existent déjà, alors une de plus???
Oui, une de plus, mais reconnaissons le, nous ne serons en fait jamais assez tellement la tâche est immense!!! Chaque association a une approche différente, une sensibilité différente, des talents différents...
J'ai toujours pensé que c'est en nous unissant tous que nous pourrons gagner le plus de combats, chacun gardant bien entendu sa propre identité.
C'est pour cette raison que nous pourrons très prochainement annoncer de très beaux partenariats avec d'importants acteurs de la sauvegarde du Patrimoine et c'est pour moi une grande fierté qu'une si "jeune" association soit digne d'intérêt pour de grandes institutions.

Beaucoup d'entre vous s'interrogent sur la concrétisation de nos actions; j'ai entendu parfois, et c'est légitime, "à par faire aimer des pages facebook que faites-vous?"
A cela je réponds sans détour que pour être actif il faut d'abord être reconnu; c'est pour cette raison qu'un phase de communication était indispensable, et sans "fondations" l'édifice ne pourrait pas tenir, donc tous ces mois écoulés ont servi à bâtir.
Bâtir un nom, une image, et une structure!

Petit-à-petit des acteurs importants du Patrimoine se sont reconnus dans ce "souffle nouveau" et ont décidé de venir construire avec moi ces précieuses fondations.
Ils sont architectes, artisans d'art, restaurateurs, historiens, étudiants, professionnels ou retraités, ou simplement des amoureux du Patrimoine refusant de voir détruire ce que le passé leur a transmis.
Tous ont un dénominateur commun: la PASSION, et c'est cette passion qui nous unit ici!
Car Urgences Patrimoine est une aventure avant tout bumaine et elle le restera!
Ici on pense avec le coeur, même si cela peut paraître utopiste, mais c'est notre ligne de conduite!
Nous allons rentrer dans l'action avec de beaux défis à relever, et nous ne manquerons pas de les partager avec vous!
Et si l'envie vous en dit, n'hésitez pas vous aussi à entrer dans l'action avec nous!
Un pour tous, tous pour le Patrimoine!!!

                                                               Alexandra Sobzcak, présidente d'Urgences Patrimoine

vendredi 31 octobre 2014

Surgères : Pour les Amoureux Fous du Patrimoine



Situé sur la limite orientale du département de la Charente Maritime, Surgères qui tient son nom de sa position sur la petite rivière de la Gère, était jadis l'une des quatre baronnies relevant du Comté de Benon, dont les dépendances englobaient les deux-tiers de l'Aunis.
En 1345, Surgères était déjà une ville importante et la guerre s'étant rallumée en France contre l'Angleterre, Edouard III envoya Henri Lancastre, Comte de Derby, commencer les hostilités en Guyenne. Le général anglais s'empara d'abord de Mirambeau et d'Aulnay-de-Saintonge, s'avançant jusque devant Surgères qu'il surprit et qu'il dota d'une forte garnison ; mais en 1351, les Rochelais en chassèrent les Anglais. En 1372, Surgères qui était retourné sous la domination anglaise par suite du Traité de Brétigy, fut assiégé par le Connétable Duguesclin qui força l'ennemi à se retirer et à se réfugier dans la Tour de Broue qu'il devait du reste enlever peu après.
Louis XII vint en 1472 à Surgères où il reçut les députés de La Rochelle, puis fit raser le château. Son successeur, Charles VII, le fit reconstruire et pendant les Guerres de Religion, ville et château furent alternativement occupés par les Catholiques et les Protestants. Le Prince de Condé et Henri IV, alors qu'il n'était que Roi de Navarre, y séjournèrent à différentes reprises ainsi que Louis XIII durant le siège de La Rochelle, en 1628.
L'ancien Château de Surgères, encore bien conservé, est flanqué de vingt tours en pierre de taille et était, voici encore un siècle, entouré d'un large fossé "abreuvé" par la Gère qui baigne le pied du château au midi et va se jeter dans la Charente à la Chaussée de Charras, près de Rochefort.



La curiosité de Surgères est son église, ancienne église du château, plusieurs fois ruinée et réédifiée, qui se singularise par son architecture des XIème et XIIème siècles. Prosper Mérimée, à qui l'on doit tant, écrivait à son sujet : "Bien que blasé, j'ai trouvé à m'extasier devant son église ; je ne trouve rien de plus beau que sa façade". Cette exceptionnelle et large façade romane historiée aux multiples arcades, avec ses étranges figures de tarasques et de gorgones au frontispice, accuse une origine très ancienne. Le clocher, non moins ancien que le reste de l'édifice, est également remarquable par la construction étrange de ses trumeaux formés de plusieurs colonnes cylindriques accolées les unes aux autres et supportant un dôme en hexagone.




Hélène de Surgères, l'une des filles d'honneur de la Reine Catherine de Médicis a été célébrée par le poète Ronsard. Surgères a également donné naissance à Raymond Pérault, qui fut honoré de la pourpre romaine par le Pape Alexandre IV et fut connu sous le nom de Cardinal de Gurk (1495).
Devenu bien communal, le château de Surgères, avec son église romane sont d'un immense intérêt patrimonial et forment un ensemble surprenant au coeur d'une vaste enceinte où l'on peut également admirer une superbe porte Renaissance armoriée et décorée d'un élégant fronton et de fines colonnes.



François Hagnéré
(Photos de l'auteur)

lundi 27 octobre 2014

Comment je suis "entré en Patrimoine" à Cluny

Au début de l'année 2007, je suis venu m'installer à Cluny (71) pour y goûter un repos que l'on dit bien mérité… Je connaissais cette petite ville seulement pour son abbaye ; je n'imaginais pas ce que la ville allait me réserver… Nous avons acheté une maison dont l'annonce disait : “d'origine médiévale, elle s'adresse à un amoureux de l'architecture et du patrimoine”.

PATRIMOINE ! le mot est lâché ! 


J'ai, peu à peu, fait connaissance avec le patrimoine de l'abbaye et surtout avec celui de la cité abbatiale en même temps que celui de ma maison. Sur les conseils de notre ABF (architecte des bâtiments de France), j'ai d'abord sondé les murs, les sols, les plafonds, et je suis allé de surprise en surprise, de découverte en découverte, et, après plusieurs mois d'études, j'ai établi un projet d'aménagement, un programme de travail et recherché patiemment de bons artisans.J'ai aussi appris à connaître des intervenants nouveaux pour moi : l'ABF, et le PSMV, “plan de sauvegarde et de mise en valeur” qui remplace le PLU dans une centaine de villes ou de secteurs de villes, dont Cluny.
Extrait du PSMV concernant notre maison. Lors de l'achat, personne ne m'a parlé de cette "chose". J'ai découvert après l'achat qu'une partie de la maison était "à démolir" !
Sondage en façade : la porte médiévale apparaît.
Sondage révélant une fenêtre et la pierre d'évier…
 
Très important : j'ai habité la maison pendant tous les travaux, même les moments les plus difficiles, ce qui m'a permis de faire des découvertes qui auraient échappé aux artisans, et de modifier mes plans en fonction de celles-ci : fenêtres murées, cuisine médiévale, salle souterraine, et surtout des peintures murales de trois époques, que je fais restaurer par petites étapes…
Cécilia Billaud restaure une peinture murale réalisée pendant la Révolution Française !
 
 J'ai aussi trouvé beaucoup de petit "mobilier", des restes de la vie quotidienne, céramique, manuscrits, vêtements, jouets… Petit-à-petit, j'ai pu écrire quelques pages de l'histoire de ma maison, en tentant d'expliquer mes trouvailles par de longues séances aux archives municipales.
Après sept ans, tout n'est pas fini, mais la maison est tout à fait viable. Comme le patrimoine est devenu ma passion, je n'ai de cesse de la partager en ouvrant ma porte le plus souvent possible ; j'ai déjà reçu 3300  visiteurs, dont un millier de scolaires !
 
À présent, je tente d'offrir un peu de mon enthousiasme aux autres, 
pour que vive notre PATRIMOINE !  

 Jean-Luc Maréchal

La façade a livré ses secrets, pour le plaisir des touristes, et pour le mien !
Mon modeste musée surprend beaucoup ! C'est en effet assez inattendu…