lundi 10 novembre 2014

Centenaire de la Grande Guerre : Reims, la cathédrale-martyre


A l'occasion du Centenaire de la Grande Guerre 14-18, comment ne pas évoquer la cathédrale-martyre : Notre-Dame de Reims ?
Haut-lieu de l'Histoire de France, la cathédrale est le fruit du travail de ces milliers de compagnons et de Jean d'Orbais, Jean le Loup, Gaucher de Reims, Bernard de Soissons et Robert de Coucy, ces cinq maîtres d'oeuvre de génie qui accomplirent à Reims un véritable tour de force.
La cathédrale est orientée au 15 août, fête de l'Assomption de la Vierge, à laquelle elle est dédiée. Le Sagittaire qui figure en haut du gâble au transept sud est également lié au 15 août, la constellation éponyme dominant le ciel de Reims au soir de cette date. Sa flèche visait autrefois un cerf d'airain  dans la cour du Palais du Tau. Il symbolise la transformation de l'homme en un être spirituel.


En façade, la galerie des rois, ici très en hauteur, scrute l'horizon, en direction du Mont Saint-Michel, autre haut-lieu de l'Occident Chrétien. Sous la cathédrale, une  crypte fut découverte. C'est ici que Saint-Rémi priait la nuit. D'anciens murs de thermes romains furent aussi mis au jour, à 5 mètres de profondeur. Ici s'étendait le baptistère où Clovis fut baptisé, événement primordial pour l'avenir de l'Occident Chrétien.
C'est dans cette magnifique cathédrale gothique que furent, par la suite, couronnés tous les rois de France, sauf un, Henri IV, couronné à Chartres, Reims étant alors aux mains des Protestants.


En 1914, on répertoria 2302 statues à la cathédrale. Dans les mois qui suivirent, l'artillerie allemande bombarda ce haut-lieu de mémoire et du génie français. A compter du 14 septembre 1914, les batteries de 88 Autrichiens déclenchèrent un ouragan de feu sur la ville. La forêt de charpente de 1200 tonnes qui recouvrait la cathédrale, prit feu. La grande rose de la façade se brisa par le milieu. Les flammes embrasèrent les 1500 bottes de paille entassées dans le sanctuaire qui servait alors d'hôpital de campagne pour les blessés allemands.
Le plomb commença à s'écouler des gargouilles, l'Archevêque de Reims, Monseigneur Luçon, y vit les larmes de la cathédrale. 400 tonnes de plomb fondirent ainsi. Dans la nuit du 20 au 21 février 1915, plus de 500 obus furent déversés sur Reims. En avril 1917, ce sont 300 gros obus qui crèvent la voûte en plusieurs endroits.


En janvier 1918, les batteries allemandes, installées sur les hauteurs autour de Reims prennent pour cible la cathédrale. La ville n'est plus qu'un champ de ruines fumantes. De nombreux rémois résistent parmi les décombres. La cathédrale dont les deux tours s'élèvent encore ressemble à un squelette fantomatique, mais elle refuse l'anéantissement.  Ne dit-on pas que la beauté est éternelle ?


Edmond Rostand aura alors ces vers poignants  :

"Ils n'ont fait que la rendre un peu plus immortelle.
L'Oeuvre ne périt pas, que mutile un gredin
Demande à Phidias et demande à Rodin
Si devant ces morceaux, on ne dit plus : "C'est Elle".

La forteresse meurt quand on la démantèle.
Mais le Temple, brisé, vit plus noble ; et soudain
Les yeux, se souvenant du toit avec dédain,
Préfèrent voir le ciel dans la pierre en dentelle.

Rendons grâce, attendu qu'il nous manquait encor
D'avoir ce qu'ont les Grecs sur la colline d'or :
Le symbole du beau consacré par l'insulte!

Rendons grâce aux pointeurs du stupide canon,
Puisque de leur adresse allemande il résulte
Une honte pour eux, pour nous un Panthéon !"


Stratégiquement parlant, la destruction de la cathédrale ne s'imposait nullement. Il faut y voir la volonté délibérée de s'en prendre au génie français et aux sources de notre Histoire. Mais la France est immortelle, Elle aussi ! Puisse le monde un jour vivre en paix et en harmonie, c'est aussi cela le message de Notre-Dame de Reims et de son ange au si attachant sourire.

François Hagnéré

Illustrations : Domenico Quaglio (1787-1837), Notre-Dame de Reims. Le Sagittaire du gâble du transept sud. La galerie des Rois. Bombardements sur la cathédrale de Reims 1914-1918. L'ange au sourire de la façade de la cathédrale. (Toutes ces photos sont dans le domaine public).

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