dimanche 21 décembre 2014

Sauvetage d'une chapelle troglodyte

Aujourd'hui, Urgences Patrimoine est en Val de Loire. 
Nous laissons la parole à Monsieur et Madame Buonomano :
"Nous sommes propriétaires d'un domaine à Nazelles en Indre-et-Loire qui comprend notamment une chapelle seigneuriale semi-troglodyte. Le Manoir de la Guépière date du XVIème siècle, il supervisait un gué sur la rivière et le seigneur du lieu s'appelait Pierre, d'où le nom de Gué de Pierre qui devint plus tard "Guépière". Le Manoir possède encore des éléments Renaissance (partie  gauche de la façade et pignons), le reste ayant été restauré dans les années 1930.


Il fut la propriété  du père de Paul Scarron, célèbre poète burlesque qui fut le premier mari de Madame de Maintenon, favorite puis épouse de Louis XIV.
Scarron et sa femme séjournèrent au Manoir lors de voyages en Touraine.


L'étonnante chapelle seigneuriale, semi-troglodyte, a malheureusement subi de graves atteintes au fil des ans et est en péril car la voûte de roche s'est effondrée et le mur sud risque de tomber. Elle comporte des fragments de peintures murales du XVIème siècle (faux appareillage de pierre et croix de consécration a fresco). Peut-être la future Madame de Maintenon a-t-elle prié dans cette chapelle tandis que son mari tentait de reprendre, sans succès, les revenus du fief de sa belle-mère...

L'historique de notre démarche en quelques points : Nous avons acheté le manoir en  2012, celui-ci avait été abandonné depuis plusieurs années et nous avons effectué de nombreux travaux à l'extérieur pour le remettre en état ou le consolider. Nous avons fait dégager les restes de la chapelle des arbres qui l'encombraient et nettoyer le haut du coteau au-dessus. Les premières constatations avec l'aide d'une professionnelle laissent donc apparaître les traces de fresques du XVIème siècle et différents ornements sur les murs. 



Nous avons maintenant fait appel, soutenus par Urgences Patrimoine, à des moyens plus lourds pour sortir les blocs de pierre, vestiges de l'effondrement du toit en roche, et rechercher le niveau du sol pour savoir si elle recèle d'autres "trésors". Sans Urgences Patrimoine nous pensons que malheureusement la chapelle aurait fini de s'écrouler, faute de moyens pour la sauver...


Parallèlement, nous devrons encore faire renforcer les murs pour éviter tout effondrement qui signifierait la fin de cette chapelle. Ensuite, nous bâtirons un toit pour la protéger et ferons restaurer les peintures. L'ensemble des travaux sera supervisé par "Urgences Patrimoine" qui nous aide dans notre démarche pour redonner vie à ce monument, en conseils et avec leur site de mécénat.
Nous projetons ultérieurement de consolider les murs d'enceinte du domaine qui sont aussi très fragiles et menacent de s'écrouler par endroits."


Urgences Patrimoine a fait intervenir un artisan terrassier afin qu'il dégage l'intérieur de la chapelle, sous le contrôle de Sabine de Freitas, notre déléguée Indre-et-Loire.  C'est la première convention de mécénat de compétence avec une entreprise: la société Terra Nova Terrassement a travaillé deux jours et demi pour une journée payée afin d'aider les propriétaires dans cette urgence.
Un bel exemple de solidarité.

Les découvertes espérées...

Dans la sauvegarde du patrimoine, on voit bien l'importance du mécénat combiné au bénévolat. La tâche est certes immense, dans un pays comme la France, mais tellement exaltante ! Notre passé,  nos racines méritent bien qu'on s'y attache. C'est à nous qu'il incombe de transmettre les formidables legs de nos ancêtres. C'est un travail et une attention de tous les instants. C'est un engagement fait de bonne volonté et d'enthousiasme.
Partout, sur le terrain, auprès des administrations, aux archives et dans les bibliothèques nos délégués d'Urgences Patrimoine ont à coeur de dénicher les patrimoines en péril, connaître leur historique, prendre les contacts nécessaires et mettre en oeuvre les  restaurations urgentes. 
Et grâce à notre site de collecte de fonds, vous pouvez vous aussi devenir les mécènes et nous aider à sauver ces patrimoines!
N'hésitez pas, adoptez Une Pierre Pour l'Histoireupph.fr !!!


Sabine de Freitas avec François Hagnéré

Photos : Urgences Patrimoine. 

dimanche 14 décembre 2014

Restauration de l'Eglise d'Arc-sur-Tille : une ténacité exemplaire

En novembre 1989, une pierre se détache à l'intérieur de l'Eglise d'Arc-sur-Tille, charmante commune de la Côte d'Or.  Le maire d'alors décide de sa fermeture. Puis, en l'absence de suivi quant à la restauration de l'édifice, M. André Fanjaud crée l'UEPA (Une Eglise Pour Arc-sur-Tille), association qui est officialisée en 1991.


Façade de l'Eglise d'Arc-sur-Tille (21).
 
S'en suit une excellente collaboration entre la DRAC, la commune et l'UEPA. Une étude pour la restauration est finalisée en 1995. Mais à la suite de l'élection d'un nouveau maire, la démolition de l'église est votée le 6/12/2005 et aucun remplacement n'est prévu. C'est alors qu'une grande protestation commença avec la signature d'une pétition par 29 architectes du patrimoine, des érudits, des personnalités, des bénévoles et des personnes de bonne volonté. Des milliers de signatures sont recueillies. Mais, hélas, rien n'y fait. Monseigneur Minnerath, l'évêque local, bloque alors le funeste projet en exigeant "un lieu de culte viable et pérenne" avant de désacraliser l'édifice existant. Il bloque ainsi la scandaleuse démolition.


On fait appel en justice. Le maire est alors débouté. Puis deux inspecteurs généraux mandatés par le Ministère de la Culture donne leur avis. Il est sans appel : "les avis alarmistes sont infondés". En 2008, une municipalité ouverte au dialogue est élue. Elle fait nettoyer les 4,8 tonnes de fientes de pigeons qui avaient squatté l'édifice. C'est l'UEPA qui finance cette opération. Puis les mécènes et les  particuliers font de nouveaux dons à l'association.
De très nombreux articles de presse, des émissions de télévision, et un incessant travail de  communication font le reste. Il faut sauver Arc-sur-Tille ! L'église est à présent en plein travaux, je vous passe les détails techniques, le site de l'association est à ce sujet fort bien documenté, les photos sont abondantes et de grand qualité.
C'est un chantier colossal pour un édifice splendide de 1829. Son style est typique de la Restauration, l'intérieur est superbe d'élégance et de majesté. Je vous invite à le découvrir sur le site de l'UEPA. Le choeur somptueux est orné de reproductions de tableaux célèbres dont la Cène de Vinci, et une oeuvre de Flandrin (Baptême du Christ) et de Raphaël (Mariage de la Vierge). On peut y voir un admirable maître-autel en marbre de style Renaissance florentine.
J'ai consacré plusieurs articles à cette merveille.
Mon ami André Fanjaud, Président de l'UEPA, à qui je voudrais rendre hommage, a eu un immense mérite. La renaissance de ce beau sanctuaire d'Arc-sur-Tille est sa passion, c'est aussi son oeuvre et celle de tous les bénévoles et amis de cette magnifique cause.
C'est volontairement que je ne mets pas davantage de photos, pour vous inviter à les découvrir sur le site de l'UEPA, voir l'ampleur des travaux et faire un petit don. Merci à vous !

François Hagnéré
Délégué d'Urgences Patrimoine pour la Charente Maritime.

Photos reproduites ici avec l'aimable autorisation de l'UEPA.

samedi 6 décembre 2014

Patrimoine, patrimoines…


Il y a quelque temps, une institutrice de Cluny me demandait si je pouvais l’aider dans le déroulement d’un projet pédagogique, ayant pour thème le patrimoine, pour un groupe d’élèves de CE2, CM1 et CM2.
J’acceptais immédiatement ; elle m’expliqua son programme et nous tombions d’accord sur mes interventions qui se passeraient d’abord dans les rues de Cluny, puis dans ma maison médiévale aux multiples merveilles…

Ensuite, j’ai réfléchi à une méthode pour leur présenter le sujet de façon simple…
Je me suis posé la question : qu’est-ce que le patrimoine ?
Il y a le patrimoine individuel et le patrimoine collectif…
Il y a le patrimoine historique et culturel, et le patrimoine financier…
Il y a le patrimoine protégé et le patrimoine non protégé…
Il y a le patrimoine de grande notoriété et le patrimoine considéré comme secondaire…
Et puis, on combine toutes ces catégories !
Il y a donc non pas un, mais des patrimoines.

Nanti de ces réflexions, je suis allé l’esprit serein à la rencontre d’une douzaine d’enfants qui avaient librement choisi ce sujet parmi un éventail d’autres…

Je leur ai donc expliqué que ma maison était mon patrimoine individuel (je l’ai acheté devant Notaire) et financier (c’est le résultat de toute ma vie professionnelle), mais il est aussi historique et culturel puisqu’une partie de l’histoire de Cluny y est inscrite dans les murs ; il est non protégé par l’État, mais plutôt bien par mes soins ; il est considéré comme secondaire, mais je m’investis pour que cela change !

À la fin de ces trois séances, je les ai interrogés :
J’ai partagé mon patrimoine avec vous. Est-ce que ça vous a enrichi ?
Oui ! m’ont-ils répondu spontanément !
Et, est-ce que ça m’a appauvri ?
Non ! m’ont-ils répondu après un petit instant d’hésitation, lié à la surprise.

Conclusion : 

Partageons notre patrimoine, 

cela nous enrichit !

Photo 1 : place Notre Dame, devant la maison des Dragons

Photo 2 : dans mon petit musée !

Jean-Luc Maréchal, dit "Lucuț".