mercredi 18 février 2015

Il faut sauver la Chapelle Sainte-Thérèse de Saint-Jean-de-Monts



Lieu très apprécié des Vendéens et des vacanciers, la Chapelle Saint-Thérèse de Saint-Jean-de-Monts est menacée de destruction. De très nombreuses voix s'élèvent pour la sauver, et notamment celle de William Chevillon, jeune érudit Yonnais, qui nous a alertés. Nous travaillons ensemble à la sauvegarde de ce beau sanctuaire Art Déco et aujourd'hui, nous lui donnons la parole:

"A Saint-Jean-de-Monts, station balnéaire phare de la Côte de Lumière, la Chapelle Sainte-Thérèse de la Plage des Demoiselles est un des tout premiers éléments d'un quartier bâti autour d'une ancienne piste d'aviation américaine de la Première Guerre Mondiale. Avec une première pierre posée et bénie en 1925 pour une consécration du lieu en 1932, la chapelle est reconnue par les ordres thérésiens comme l'un des premiers sites consacrés à la Sainte tout juste canonisée.
Au fil de la construction du lotissement par des familles de tous horizons sociaux, la marque de la chapelle s'est imprimée dans le paysage urbain comme en témoignent nombre de fenêtres à angles  brisés, là où la proportion sur une zone réduite est habituellement moindre. Avec une architecture balnéaire, une voûte en carène de bateau renversée, des lignes verticales venues de l'Art Déco, la chapelle présente une architecture qui lui est propre et qui sera accentuée par l'ajout de vitraux modernes dans les années 1960. Aussi, l'ensemble parfaitement cohérent a été agrandi par l'ajout d'une "chapelle d'été" destinée à accueillir bien plus de 400 fidèles en période de forte affluence saisonnière.
La façade de la Chapelle Sainte-Thérèse avec son toit en bâtière et son triplet aveugle.

Au fil du temps, la chapelle a néanmoins perdu de son cachet. 
En effet, les interprétations de Vatican II auront eu pour conséquences la  disparition de deux autels latéraux, de statues, d'un confessionnal, d'une superbe clôture de choeur de style moderne etc... Ainsi, malgré la fréquentation toujours aussi importante du lieu, l'abandon est né. Plus de cierges pour les fidèles, suppression des messes et sur le plan patrimonial des gouttières et une toiture non-entretenues par exemple (suscitant des infiltrations et une dilatation de vitraux notamment). C'est cela, en plus de la problématique de l'amiante dans la chapelle d'été qui a poussé la paroisse à trancher pour une destruction et une reconstruction totale du site. Une solution revendiquée comme plus rentable sur le plan financier, sans qu'il soit possible de vérifier cela. En effet, le combat que j'ai initié en novembre, avant d'être rejoint par Urgences Patrimoine que je remercie vivement, n'a suscité aucune réponse ni de la part de la paroisse ni du diocèse, quand bien même j'ai choisi d'agir publiquement et de faire part de toutes mes questions aux porteurs du projet. Seule une intervention contrainte sur RCF a été acceptée tardivement, laquelle n'apporte aucune réponse et nie la possibilité de concilier maintien du patrimoine et accès au culte le plus large possible.

Intérieur de la Chapelle Sainte-Thérèse, vue vers le choeur et les magnifiques verrières.

Gérer une paroisse est une affaire compliquée, c'est indéniable. Néanmoins, là où dans bon nombre  d'endroits les fidèles aident à nettoyer les lieux, à entretenir.. rien n'a été demandé pour la Chapelle Sainte-Thérèse et les propositions en ce sens sont restées sans retours. Il va de soi que les prêtres ont une charge de travail trop importante pour mener à eux seuls les démarches de financement, alors même que la Chapelle Sainte-Thérèse entre dans les critères de nombre de fondations. Les français soutiennent leur patrimoine et les exemples ne manquent pas. Combien de chapelles restaurées en Bretagne et combien d'objets d'art acquis grâce au mécénat populaire ? 
Aussi, il est à regretter que le projet n'ait pas fait l'objet de consultation ou de demandes de soutien pour des démarches... Mais il est encore plus regrettable que l'on doive détruire en partie à cause d'une absence d'entretien régulier. Et pour cause, financièrement il est toujours plus avantageux de prendre soin du bâtiment plutôt que dépenser des sommes importantes au coup par coup.
Les questions d'accessibilité liées à la loi de février 2005 sont naturellement légitimes, mais ne nécessitent pas une destruction totale du site, pas plus que les travaux de restauration et de mise aux normes à une certaine capacité.

Détail sur l'un des très beaux vitraux des années 1960.

Il convient d'ajouter que le bâtiment est considéré comme "sain" par les services régionaux du patrimoine et que les habitués qui découvent le projet de destruction sont tristes et parfois en colère. Ma colère me semble également légitime quand les questions que je pose respectueusement restent sans retours. Par exemple, comment croire que la paroisse qui n'a pu entretenir le bâtiment ancien, aura les moyens d'assurer le fonctionnement de la nouvelle chapelle qui présente une hauteur sous plafond bien plus importante et une exposition vitrée au soleil conséquente ? Est-ce que le nouveau sanctuaire pourra être accessible tous les jours ? Aucun retour...

Un exemple du manque d'entretien de la Chapelle Sainte-Thérèse.


Mais au-delà des affaires administratives, la perte de la chapelle constitue une atteinte grave au patrimoine et à ce qu'il reste d'architecture balnéaire après le bétonnage d'après-guerre. Les  témoignages de fidèles et d'amoureux du quartier se multiplient et la tristesse est grande. Je pense par exemple à Soeur Solange qui, à 100 ans, ouvre la chapelle tous les jours après avoir passé 37 ans en Afrique dans des missions où elle n'a pas compté la durée de son engagment pour les femmes et la population. Il y a la tristesse de Soeur Solange, mais aussi celle de ce couple marié sur place, celle de ces adultes qui, enfants, fréquentaient la maison de vacances achetée avec les maigres économies de leurs parents, celle des habitants à l'année... De toute l'Europe affluent les messages de ceux qui connaissent la chapelle, la pétition dépasse les 500 signatures, les habitués avec qui je discute font part de leur inquiétude...

 La couverture d'ardoises a aussi souffert à la Chapelle Sainte-Thérèse.

A l'heure où le permis de démolition vient juste d'être signé, la situation est grave et sera irrémédiable si les pelleteuses entrent en action. Je ne peux tout dire dans un seul article mais vous trouverez toutes les infos via la pétition et la page Facebook "Sauvons la chapelle Sainte-Thérèse".

Plus que jamais merci à Urgences Patrimoine pour sa mobilisation et à François Hagnéré, délégué régional Charente-Maritime-Vendée."

Urgences Patrimoine vous invite à signer la pétition:
https://www.change.org/p/doyenné-de-saint-jean-de-monts-sauvons-la-chapelle-balnéaire-sainte-thérèse-de-saint-jean-de-monts

Texte et photos de William Chevillon

Urgences Patrimoine: Une Pierre Pour l'Histoire - Communiqué de Presse

Urgences Patrimoine: Une Pierre Pour l'Histoire - Communiqué de Presse: Pierres disjointes, enduits éclatés, vitres brisées, toitures éventrées, portes arrachées... Une tempête? Du vandalisme? Peut-être.....

dimanche 8 février 2015

Destruction du patrimoine : Qui est responsable ?

Lorsque nous parlons de destruction du patrimoine, qu'il soit civil ou religieux, force est de constater que le débat dérive rapidement vers des affirmations toutes faites, énoncées le plus souvent sans aucune connaissance du contexte local. Au hasard des phrases le plus souvent rencontrées, les plus croustillantes apparaissent lorsqu'il s'agit de destruction du patrimoine religieux (chrétien, cela va sans dire) : « On ne trouve pas d'argent pour restaurer les églises, mais on en trouve pour construire des mosquées ! », ou encore « On va construire une mosquée à la place, c'est le début de l'islamisation de la France ! ». Nous précisons qu'à ce jour, aucune église n'a jamais été détruite pour construire une mosquée à la place. Au contraire, les églises détruites le sont le plus souvent pour laisser la place à une église contemporaine. Le patrimoine civil échappe le plus souvent à ces réflexions, pour laisser la place à des affirmations d'ordre politique, certains partis étant plus favorables à « supprimer les racines historiques de la France ». Contre toutes ces idées préconçues, et afin de relancer un débat qui s'éloigne trop du patrimoine, nous vous proposons d'analyser les responsables des destructions des dix derniers mois et des destructions prévisibles. 

Vue de Tours avec l'église Saint-Julien en restauration et le pavage du pont de pierre refait pour le passage du tramway. Ne soyons pas toujours pessimistes, le patrimoine français se porte relativement bien comparé au reste du monde.

Destructions ayant eu lieu ces derniers mois et leur cause : 
Église de Vagney : Opération immobilière (agrandissement d'une maison de retraite par la commune)
Bâtiments près de la Samaritaine : Spéculation immobilière
Église d'Anzegem : Incendie causé par le système de chauffage (reconstruction prévue)
Grenier à sel de Frangy : Spéculation immobilière
Halle de marché de Brienon : Désintérêt de la mairie
Atelier de Nadar à Marseille : Spéculation immobilière (sous couvert de destruction accidentelle)
Sacristie de l'hôpital Laënnec de Paris : Destruction « par erreur » mais qui arrange bien certains...

Destructions prévisibles et leur cause : 
Château de la Rochebeaucourt : Spéculation immobilière
Maison du Second Empire à Saint-Cloud : Spéculation immobilière
Domaine de la Massaye : Spéculation immobilière
Pont Colbert de Dieppe : Remplacement jugé plus simple et moins cher qu'une restauration
Maison du XVIIIe à Angers : Spéculation immobilière
Chapelle Sainte-Thérèse de Saint-Jean-de-Monts : Construction d'une chapelle moderne à la place
Halle de la gare de Cambrai : Destruction jugée plus simple et moins chère
Serres d'Auteuil : Extension du stade Roland-Garros
Maisons à Entzheim (et plus généralement en Alsace) : Spéculation immobilière
Fresques d'Aspremont : Spéculation immobilière
Église de Bourzolles : Destruction jugée plus simple et moins chère
Chapelle de Saint-Pol sur Ternoise : Abandon
Église Sainte-Rita de Paris : Spéculation immobilière
Vestiges archéologiques à Narbonne : Spéculation immobilière
Église Sainte-Bernadette de Grand-Quevilly : Décision du diocèse pour financer la restauration d'une autre église.
Église du Plateau de Mont-Saint-Martin : Construction d'une église plus petite à la place

Chapelle Sainte-Thérèse de Saint-Jean-de-Monts, dont la destruction est programmée par le diocèse afin de construire une autre chapelle à la place... 

Au vu de cette liste, nous pouvons constater que la principale cause de destruction du patrimoine est la spéculation immobilière. La plupart des investisseurs préfèrent raser et reconstruire plutôt que restaurer. La proportion d'édifices religieux est relativement faible (une vingtaine d'églises détruites en quinze ans), et, dans la plupart des cas, elles sont lancées par le diocèse pour permettre la construction d'une autre église (plus petite) à la place. Alors, à qui la faute ? Comme depuis les temps les plus lointains, le patrimoine est surtout lié aux moyens financiers nécessaires à leur entretien. Tout comme les riches seigneurs de l'Ancien Régime accordaient une grande attention à la restauration du château de leurs ancêtres, nous sommes aujourd'hui responsables des destructions ayant lieu autour de nous. Aucune idéologie politique ou religieuse ne prône, en France, la destruction du patrimoine. S'il est détruit, c'est uniquement pour deux raisons : manque d'intérêt et manque de moyens. À nous d'agir, à nous de rendre au patrimoine l'intérêt que nous devons lui porter (par l'éducation, les actions concrètes, le partage de notre passion), et à nous d'y apporter les moyens financiers (par le don) et de faire en sorte que toutes les collectivités prennent leurs responsabilités dans les financements de protection du patrimoine. 

Château qui pourrait être sauvé avec un peu de passion et (beaucoup) d'argent...