dimanche 8 février 2015

Destruction du patrimoine : Qui est responsable ?

Lorsque nous parlons de destruction du patrimoine, qu'il soit civil ou religieux, force est de constater que le débat dérive rapidement vers des affirmations toutes faites, énoncées le plus souvent sans aucune connaissance du contexte local. Au hasard des phrases le plus souvent rencontrées, les plus croustillantes apparaissent lorsqu'il s'agit de destruction du patrimoine religieux (chrétien, cela va sans dire) : « On ne trouve pas d'argent pour restaurer les églises, mais on en trouve pour construire des mosquées ! », ou encore « On va construire une mosquée à la place, c'est le début de l'islamisation de la France ! ». Nous précisons qu'à ce jour, aucune église n'a jamais été détruite pour construire une mosquée à la place. Au contraire, les églises détruites le sont le plus souvent pour laisser la place à une église contemporaine. Le patrimoine civil échappe le plus souvent à ces réflexions, pour laisser la place à des affirmations d'ordre politique, certains partis étant plus favorables à « supprimer les racines historiques de la France ». Contre toutes ces idées préconçues, et afin de relancer un débat qui s'éloigne trop du patrimoine, nous vous proposons d'analyser les responsables des destructions des dix derniers mois et des destructions prévisibles. 

Vue de Tours avec l'église Saint-Julien en restauration et le pavage du pont de pierre refait pour le passage du tramway. Ne soyons pas toujours pessimistes, le patrimoine français se porte relativement bien comparé au reste du monde.

Destructions ayant eu lieu ces derniers mois et leur cause : 
Église de Vagney : Opération immobilière (agrandissement d'une maison de retraite par la commune)
Bâtiments près de la Samaritaine : Spéculation immobilière
Église d'Anzegem : Incendie causé par le système de chauffage (reconstruction prévue)
Grenier à sel de Frangy : Spéculation immobilière
Halle de marché de Brienon : Désintérêt de la mairie
Atelier de Nadar à Marseille : Spéculation immobilière (sous couvert de destruction accidentelle)
Sacristie de l'hôpital Laënnec de Paris : Destruction « par erreur » mais qui arrange bien certains...

Destructions prévisibles et leur cause : 
Château de la Rochebeaucourt : Spéculation immobilière
Maison du Second Empire à Saint-Cloud : Spéculation immobilière
Domaine de la Massaye : Spéculation immobilière
Pont Colbert de Dieppe : Remplacement jugé plus simple et moins cher qu'une restauration
Maison du XVIIIe à Angers : Spéculation immobilière
Chapelle Sainte-Thérèse de Saint-Jean-de-Monts : Construction d'une chapelle moderne à la place
Halle de la gare de Cambrai : Destruction jugée plus simple et moins chère
Serres d'Auteuil : Extension du stade Roland-Garros
Maisons à Entzheim (et plus généralement en Alsace) : Spéculation immobilière
Fresques d'Aspremont : Spéculation immobilière
Église de Bourzolles : Destruction jugée plus simple et moins chère
Chapelle de Saint-Pol sur Ternoise : Abandon
Église Sainte-Rita de Paris : Spéculation immobilière
Vestiges archéologiques à Narbonne : Spéculation immobilière
Église Sainte-Bernadette de Grand-Quevilly : Décision du diocèse pour financer la restauration d'une autre église.
Église du Plateau de Mont-Saint-Martin : Construction d'une église plus petite à la place

Chapelle Sainte-Thérèse de Saint-Jean-de-Monts, dont la destruction est programmée par le diocèse afin de construire une autre chapelle à la place... 

Au vu de cette liste, nous pouvons constater que la principale cause de destruction du patrimoine est la spéculation immobilière. La plupart des investisseurs préfèrent raser et reconstruire plutôt que restaurer. La proportion d'édifices religieux est relativement faible (une vingtaine d'églises détruites en quinze ans), et, dans la plupart des cas, elles sont lancées par le diocèse pour permettre la construction d'une autre église (plus petite) à la place. Alors, à qui la faute ? Comme depuis les temps les plus lointains, le patrimoine est surtout lié aux moyens financiers nécessaires à leur entretien. Tout comme les riches seigneurs de l'Ancien Régime accordaient une grande attention à la restauration du château de leurs ancêtres, nous sommes aujourd'hui responsables des destructions ayant lieu autour de nous. Aucune idéologie politique ou religieuse ne prône, en France, la destruction du patrimoine. S'il est détruit, c'est uniquement pour deux raisons : manque d'intérêt et manque de moyens. À nous d'agir, à nous de rendre au patrimoine l'intérêt que nous devons lui porter (par l'éducation, les actions concrètes, le partage de notre passion), et à nous d'y apporter les moyens financiers (par le don) et de faire en sorte que toutes les collectivités prennent leurs responsabilités dans les financements de protection du patrimoine. 

Château qui pourrait être sauvé avec un peu de passion et (beaucoup) d'argent...

3 commentaires:

  1. Merci pour ce billet et cette mise au point ! Je suis en effet assez effarée des "débats" qui partent trop facilement vers des sujets qui n'ont rien à voir (je ne reviens pas dessus, vous l'avez parfaitement exprimé ici). Amoureuse du patrimoine, je suis ces derniers temps trop souvent écœurée par les commentaires dénoncés ci-dessus. Donc, je vais radoter mais, vraiment, merci encore pour ce billet.

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  2. C'est vraiment dommage qu'ils préfère la démolition, sauf si c'est une question de sécurité. Les édifices comme les églises font partie de ce que les gens, et les étrangers aime de ce pays. Merci en tout cas de nous avoir signalé de ceci, on espère que les gens battrons dans les cours pour essayer de préserver ces immeuble.

    http://www.dynamitage.ca/fr/services.html

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  3. C'est vraiment dommage qu'ils préfère la démolition, sauf si c'est une question de sécurité. Les édifices comme les églises font partie de ce que les gens, et les étrangers aime de ce pays. Merci en tout cas de nous avoir signalé de ceci, on espère que les gens battrons dans les cours pour essayer de préserver ces immeuble.

    http://www.dynamitage.ca/fr/services.html

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