mercredi 1 avril 2015

Judlin et Gravereaux, architectes de Sainte-Rita

L'église Sainte-Rita, dans le XVe arrondissement de Paris, est une église gallicane et catholique qui risque d'être détruite très prochainement. Très connue pour ses bénédictions d'animaux, elle l'est moins pour son architecture, qui, pour certains, ne présente aucun intérêt. Urgences Patrimoine s'est penché sur les monuments de ses deux architectes méconnus afin de les remettre en parallèle avec l'église Sainte-Rita.

Judlin et Gravereaux sont les deux architectes de l'église Sainte-Rita. Leur carrière est très mal connue, et leur nom n’apparaît dans aucun livre ou travail de recherches. Pourtant, on les retrouve sur un certain nombre de travaux parisiens, notamment pour des immeubles de rapport de type haussmannien dans le XVe arrondissement. Ils semblent être associés sur l'ensemble de leurs productions. Judlin et Gravereaux sont surtout visibles durant les quinze premières années du XXe siècle. Aucune de leurs réalisations ne possède de protection particulière.
Immeuble, 9 rue Pondichéry
C'est en 1900 que leurs noms apparaissent sur des immeubles parisiens. On peut citer un projet d'ensemble comprenant trois immeubles dans le XVe arrondissement : 4 et 6 rue d'Ouessant (détail ci-dessous) et 9 rue Pondichéry (photo ci-dessus). Bien qu'il s'agisse d'un projet d'ensemble cohérent, on distingue différentes influences : Art Nouveau pour les courbes et formes inédites, et néo-classique pour l'étage d'attique du 9 rue Pondichéry.
Détail d'un des deux immeubles rue d'Ouessant
C'est la même année qu'ils réalisent l'église Sainte-Rita pour l'Église apostolique catholique, une association Suisse. Celle-ci est clairement de style néo-gothique, mais reste d'une grande sobriété puisque le décor se concentre sur la façade avec la porte galbée et la rosace. À l'intérieur, seules les clefs de voûtes sont peintes. Il n'y a pas de vitraux colorés. L'église Sainte-Rita semble être leur seule construction religieuse ainsi que leur seule œuvre néo-gothique.

Entre 1901 et 1910, ils construisent trois immeubles boulevard de Grenelle, également dans le XVe arrondissement (photo ci-dessous). Ces derniers sont empreints d'une certaine influence de l'Art Nouveau, bien plus que leurs autres réalisations. Cette influence se ressent particulièrement dans le décor feuillagé prenant place autour des fenêtres. Les autres immeubles parisiens de Judlin et Gravereaux sont plutôt réalisés dans le style traditionnel des immeubles haussmanniens qu'est l'éclectisme.
Boulevard de Grenelle
Parallèlement à cette production parisienne, ces deux architectes font preuve d'une plus grande liberté dans plusieurs commandes en région parisienne. À Ablon-sur-Seine, on recense au moins trois œuvres de Judlin et Gravereaux, toutes dans un style différent. Au 42 rue du Bac (image ci-dessous), ils construisent une grande maison Art Nouveau, certainement leur construction la plus touchée par ce style. La vitrine de la pharmacie est détruite dans les années 1970. Dans la même ville nous trouvons également une maison et un bar au 10 rue du Général de Gaulle, avec un décor de céramique en façade, et la Villa Félix, qui est en brique et pierre, de style Napoléon III.
Ablon-sur-Seine, 42 rue du Bac
Judlin et Gravereaux se montrent donc bien plus « décomplexés » en banlieue qu'à Paris. Ils font preuve d'une très grande capacité d'adaptation puisqu'ils œuvrent dans des contextes extrêmement variés et dans tous les styles artistiques possibles.

À Sainte-Rita, ils réalisent une de leurs premières constructions. Ils appliquent le style néo-gothique, qu'ils n'utiliseront jamais plus. S'agissant d'une commande religieuse, ils ont certainement voulu privilégier le style traditionnel employé à l'époque. On peut noter que le mobilier originel a été conservé, et permet d'observer une production religieuse industrielle, dont certains éléments sont assez originaux comme la croix-lumineuse ci-dessous. On peut également penser que leur expérience du néo-gothique à Sainte-Rita les amènera naturellement vers l'Art Nouveau, ce second style étant en quelque sorte la continuité du néo-gothique.

Urgences Patrimoine est contre la destruction de l'église Sainte-Rita, qui est un marqueur architectural et symbolique fort du quartier selon les riverains et habitants de l'arrondissement, prioritairement questionnés par Isabelle Bolvin, ma co-déléguée de Paris, et se battra jusqu'au bout pour la sauvegarde du patrimoine menacé, peu importe son époque, son style, et les avis personnels sur ses qualités architecturales et esthétiques.

Sources :
La documentation étant quasiment inexistante sur la vie et les œuvres de Judlin et Gravereaux, on peut uniquement citer l'inventaire général du patrimoine culturel dans lequel ils apparaissent pour deux de leurs œuvres d'Ablon-sur-Seine.

L'église Sainte-Rita n'a pas droit à un traitement plus complet puisqu'elle ne bénéficie que de quelques lignes dans :
- BRUNEL (Georges), DESCHAMPS-BOURGEON (Marie-Laure), GAGNEUX (Yves), Dictionnaire des églises de Paris, Paris, éd. Hervas, 1995

Un rappel visuel sur les craintes d'un changement d'aspect (incluant assombrissement) du quartier par les riverains:



Pétition en Ligne:
http://www.mesopinions.com/petition/art-culture/empecher-demolition-eglise-sainte-rita-paris/9263

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