vendredi 12 juin 2015

Compte-rendu du café-patrimoine animé par Françoise Hamon

Ce jeudi 11 juin avait lieu au siège de l'Association de Sauvegarde et de Mise en valeur du Paris historique un café-patrimoine sur le thème :
Urgence pour la sauvegarde des églises parisiennes : n’est-ce pas aussi l’affaire des Parisiens ?
Il était animé par Françoise HAMON,  Professeur émérite d’histoire du patrimoine à Paris IV Sorbonne, et à l'École du Louvre.

Cette étude a porté uniquement sur les églises paroissiales parisiennes. Elles sont au nombre de 106 (celles construites avant 1905 appartiennent à la municipalité, avec affectation exclusive au curé de la paroisse). Sur les 106, on compte 9 temples et 2 synagogues. Les chapelles des congrégations religieuses, édifices privés, sont bien entretenues.
Pour compléter → In situ, n°12, 2009.
Eglise Saint-Augustin de Baltard.

43 églises sont classées, 13 sont inscrites. Il y a également les protections PLU (17), et 6 font partie des anciens secteurs sauvegardés. Malgré ces protections cumulées, leur état est déplorable.
Après 1905, l'évêché a construit 38 églises paroissiales.

Au titre des spécificités, on a la localisation : les églises anciennes sont dans le centre de Paris, elles sont protégées, vues par les touristes, surveillées... mais il n'y a pas d'habitants dans ces quartiers : pas de paroissiens, pas de célébrations...
Les églises des XIXe et XXe siècles sont dans des quartiers plus peuplées, les églises sont plus actives, avec un public hétérogène. L'intérieur est mieux tenu, mais ces églises ont été bâties rapidement, avec des matériaux de mauvaise qualité, et des « chapelles enseignantes » de chaque côté de la nef : grandes peintures, jamais nettoyées depuis leur réalisations... est-ce sauvable ?!
Eglise Saint-Paul-Saint-Louis dans le Marais, dont la façade vient d'être restaurée. Exemple type d'église ancienne en secteur touristique mais sans paroissiens pour l'entretenir.

Une autre spécificité est la pratique religieuse parisienne qui se fait à la carte : pas d'esprit de clocher, il n'y a plus de mariages à Paris (les parisiens préfèrent aller se marier à la campagne). L'esprit de paroisse subsiste en périphérie. Pas d'attachement sentimental comme dans le reste de la France (où l'église paroissiale est l'église de mariage des grands-parents, de baptême des parents...).

Pour la première fois, dénonciations du World Monument Found à propos de l'état de Notre-Dame de Lorette et de la Madeleine, déclarées en péril. Internet et les réseaux sociaux ont un impact nouveau : Didier Rykner avec La Tribune de l'Art, l'Observatoire du Patrimoine Religieux et Benoit de Sagazan pour les plus connus.
Eglise de la Madeleine, sans doute l'église paroissiale la plus visitée de Paris, et dont l'état de délabrement inquiète même les associations étrangères.

Les églises parisiennes sont négligées depuis la fin du Second Empire, où les fonds ont été transférés dans la construction d'écoles. Sous Delanoë, 60 millions d'euros sont consacrés aux églises parisiennes. Hidalgo a annoncé 80 millions, auxquels on peut ajouter 11 millions de l'État pour les monuments classés. Vingt chantiers vont être lancés. Il faut compter 20 millions par édifice... il faudrait donc 400 millions d'euros !

Une nouveauté est les participations extérieures : en 2007, 1ère opération de la Fondation du Patrimoine à Saint-Michel des Batignoles. Elle est considérée comme une démarche citoyenne à encourager par la mairie de Paris.
À Saint-Sulpice, la World Monument Found a financé la restauration des boiseries de la sacristie.
À Saint-Germain-des-Prés il y a une urne publique (qui rapporte !), mais c'est une église très touristique.
En octobre 2013, création de la FAPP par le diocèse qui récolte des fonds pour participer à la restauration des monuments appartenant à la mairie.
Orgue de Saint-Germain-des-Prés (les orgues ont un statut juridique particulier puisqu'elles sont restaurées par la commission musicale de la ville)

Les paroissiens doivent entreprendre des démarches citoyennes. Les associations paroissiales doivent faire vivre leur église en organisant des fêtes (pas la peine de faire des expositions car l'offre culturelle parisienne est déjà saturée). Intégrer les églises dans les circuits touristiques, par exemple avec des thématiques diverses. Mettre des panneaux devant chaque église, même les plus récentes. Mettre des dépliants explicatifs convenables à l'intérieur.

→ À noter que les églises parisiennes sont toutes ouvertes, donc sortez de chez vous et allez les visiter !

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