samedi 26 septembre 2015

Architecture thermale : chefs-d'oeuvre en péril !

L'Hôtel du Parc, jadis fleuron de Saint Honoré les bains, risque de disparaître avant la fin de l'année.
Nous vous proposons cet article afin de faire connaissance avec un patrimoine qui est 
peu-à-peu oublié...


Hôtel du Parc, entrée de la Tour
I- Un peu d'histoire ….

Le premier usage des eaux thermales semble remonter aux Grecs. En effet, l'usage des eaux thermales est évoqué dès le VIème siècle avant J.C par le poète Grec Ibycos. Les Romains perfectionnèrent la pratique des thermes par la construction d’aqueducs, dont certains donnaient accès à l'eau potable, tandis que d'autres alimentaient les thermes.

Grecs et Romains appréciaient beaucoup ces eaux chaudes qui les relaxaient après des exercices sportifs ou qui soulageaient certaines douleurs grâce à leurs vertus bienfaisantes.

Mosaïque de thermes romains
Le thermalisme se développe ainsi réellement au 1er siècle de notre ère avec les Romains qui construisent nombre de bains publics ou privés. Aix-les-Bains ou encore Vichy (fondée en -52 avant J.C) deviennent alors des hauts lieux du thermalisme.

C'est la découverte d'une ou plusieurs sources qui détermine l'implantation d'un lieu de cure. L'établissement thermal doit être au plus prêt du griffon pour le pas risquer, en multipliant les canalisations, de faire perdre à l'eau ses propriétés et notamment sa température. Nombre de stations comme Neris les Bains ou encore Bourbonne les bains sont implantées à l'emplacement exact des anciens thermes romains.

A partir du Vème siècle et la chute de l'empire Romain, le thermalisme va être peu à peu délaissé. Ce sont les populations locales qui profitent des vertus de la source (ex : Dax). On note néanmoins la présence attestée de thermes avec une activité médicale : Ax les Thermes en 1260, Bourbonnes les Bains au XIVème siècle.

Enluminure médiévale
1605 : Henri IV met en place une véritable organisation du thermalisme avec la Surintendance Générale des Bains et Fontaine.

Le tournant s'opère au XVIIIème siècle, avec un mouvement d'amélioration des installations amorcé au siècle précédent. De véritables établissements thermaux, bien structurés, fonctionnels, avec piscine, séparation H/F sont mis en chantier. Les constructions à partir de ce moment la vont se succéder : 1762 Luxeuil, 1771 Plombière, 1780 Aix en Provence, 1783 Bourbonne les bains / Aix les bains, 1785 Mont Dore … A partir de 1778, la société royale de Médecine  est chargée de tester les qualités curatives des eaux.

Publicité de Mucha, fin XIXème
Le XIXème siècle marquera l'essor du thermalisme. Sous le premier empire, la famille impériale prend les eaux à Bourbonne les bains, Aix ou encore Plombières. La mode des cures thermales se généralise. De nouvelles destinations apparaissent : Chatel Guyon 1817, Enghien les bains 1820, Evian 1827.

A partir de 1850 le thermalisme prend son envol sous l'impulsion de Napoléon III. Les anciennes stations s'agrandissent, de nouvelles voient le jour. Des établissements prestigieux, aux programmes architecturaux complexes, aux intérieurs richement décorés  sont édifiés sur tout le territoire. Cette dynamique se poursuit au XXème siècle et prendra fin vers 1930.

En 1850 : 200 stations sont recensées en France dont 75 sans établissement thermal (juste une buvette).
L'état en posséde alors quelques une (Aix les bains, Vichy, Plombières …), mais la grande majorité est privée (Vittel, Enghien les bains …) avec plus ou moins de prospérité.


II- La ville thermale 

La création des stations thermales s'inscrit à la fois dans le mouvement de l’avènement des loisirs, de la médicalisation de la société française du XIXème siècle et le développement des moyens de transport (C'est la révolution industrielle avec notamment l'arrivée du chemin de fer).

Station Thermale La Bourboule
La ville d'eaux s'organise autour des équipements collectifs dévolus à la médecine, aux loisirs, à l'hébergement et aux transports. La ville thermale, contrairement à la ville balnéaire est repliée autour du lieu d'émergence de la source minérale, le griffon. Ces villes, nouvellement établies autour des sources forment des villes parcs. Leur création nécessite d'importants travaux d'aménagements pour domestiquer le paysage et créer un urbanisme de loisirs et de services, aux antipodes de la ville industrielle. Les stations thermales sont traditionnellement des villes de villégiatures.

L'espace urbain dans une station thermale est structuré par les équipements publics : Établissements de bains/santé, équipements de sport et de loisir, hôtels et autres établissements d’accueil.

Les promenades 
Les promenades ont été créés dès le XVIIIème siècle car la marche et la cure de bon air participent à la réussite du traitement. Au XIXème siècle, chaque établissement doit être relié à un parc thermal.
Ex : Vichy ou tout un circuit de promenades couvertes est mis en place pour conduire le curiste d'une source à l'autre.

Promenade Vittel
L'hébergement 
Initialement les curistes descendaient dans des auberges, des pensions ou chez l'habitant. Rare sont les véritables hôtels dans la première moitié du XIXème siècle. Ce mouvement s'inverse à partir de 1850 et les hotels remplacent les pensions. Ces établissement deviennent de plus en plus luxueux pour aboutir autour de 1900 à la création de palaces dotés de tout le confort moderne. Plus l'hôtel est grand, plus le prestige de la station est démontré (quelque soit la taille de la station!). De même les façades sont richement décorées : pierre de taille pour encadrer les fenêtres, garde corps en fer forgé, corniches sculptées …. Ce sont de véritables espaces aristocratiques situés à coté du Casino.

Etablissement thermal Bagnoles
Le Casino
Le Casino est le lieu de représentation par excellence de la station. La loi de 1907 autorise les jeux de hasard "dans des locaux spéciaux, distincts et séparés" pendant la "saison des étrangers". Outre les jeux d'argents, le casino permet aussi de jouer à des jeux de société comme les jeux de carte, les échecs, le tric-trac, les dominos …. La présence du casino est un signe distinctif de l'importance de la station. Dans les petites stations, des salons s'ouvrent dans les hôtels ou sont abrités des cercles indépendants ou privés. Dans son encyclopédie de l'architecture et de la construction" publiée en 1898 par Paul Planat, Gustave Rives recommande que le casino soit : "Placé à l'endroit le plus agréable de la station balénaire (…) sa situation et son orientation ont une très grande influence sur les résultats de son exploitation. Il faut que ses abords soient d'accès facile, larges, bien entretenus, la façade principale au soleil et, si la configuration du pays le permet, le bâtiment sera bien abrité. Autour de lui des espaces seront réservés pour des jeux et les exercices du corps. Enfin et c'est la une des conditions essentielles de sa vitalité, il doit être à proximité du meilleur endroit de la plage ou l'on se baigne, ou près de l'établissement thermal". Ex : Vichy qui dispose de son casino depuis 1865, situé à l'autre bout du parc thermal (à l'autre extrémité se situe l'établissement thermal). A partir de 1860-1870, les casino se dotent de salles de théatre. Le parti ternaire de la façade principale du casino, avec deux ailes entourant un corps central est très fréquent. La façade néo-classique du casino de Monte-Carlo (1879) avec ses campaniles est un archétype dont s'inspirent d'autres casinos comme par exemple celui de Royan. Il est également source d'inspiration pour celui de Vittel édifié par le même architecte trois ans plus tard. Le casino trouve une source d'inspiration dans les différentes expositions universelles et se prête facilement au jeu des styles, du pittoresque au mauresque, du néo classique au néo régional, de l'art déco au style international en évitant le néogothique trop connoté et l'art nouveau réservé pour la décoration intérieure.
Casino d'Aix-les-Bains, extérieur et intérieur

Les établissements de bains 
La forme de l'établissement de bains à beaucoup évolué selon le mode et le type de soins poursuivis. Il se confond parfois avec le casino.

Les équipements de sport et de loisir 
Dans les villes thermales, nombre d’établissements sportifs sont issus ou hérités de goûts aristocratiques et du goût anglais. L'architecture sportive s’intègre au programme de la ville parc. Ex : chalet du golf-club construit à Vittel pour la saison 1911. Dès avant 1914 on pouvait pratiquer le golf à Aix les Bains, Vichy, Vittel ou encore Evian. La période de l'entre deux guerre verra l'éclosion des piscines sportives, la valeur thérapeutique de l'eau s'efface au profit de l'exercice sportif qui entretient et régénère le corps du curiste (ex : Piscine couverte à Vittel en 1936). Des tribunes sont édifiées pour les amateurs de courses hippiques, nautiques ou encore cyclistes. Avant 1914, des concours hippiques sont organisés dans les villes thermales d'Aix les Bains, Vittel, Plombières et Vichy.

Thermes des Océanides à Pornichet, 1960

La clientèle des stations thermales
Entre le XVIIème et le XIXème siècle, seules les familles fortunées font des séjour dans les stations, à l'image de personnages célèbres comme Napoléon III, Chateaubriand ou Madame de Sévigné. Mais la fréquentation se diversifie et s'élargie tout au long du XIXème siècle dans des proportions variables selon les stations. Le nombre "d'étrangers" à pour ainsi triplé de 1850 à 1870. Dans les grandes stations (Vichy, Aix les bains), la clientèle est cosmopolite, composée de tête couronnées, aristocrates, industriels, artistes … Mais difficile de distinguer entre curistes et simples villégiateurs. La liste des étrangers était publiée à chaque saison dans les gazettes locales.

Thermes des Dômes Vichy

III- Le patrimoine thermal aujourd'hui délaissé 

Après la seconde guerre mondiale, une nouvelle clientèle issue du tourisme de masse et du thermalisme social afflue. La physionomie des stations change peu à peu. L'aspect médical prend le pas sur les loisirs. Le thermalisme perd de son prestige notamment suite au vieillissement de la clientèle (25% des curistes ont plus de 65 ans). Le remboursement des soins par la sécurité sociale permet un temps d'augmenter le nombre de curistes. La clientèle chic se replie sur les stations balnéaires (Paca, Arcachon …).

A partir des années 1960, le thermalisme correspond de moins en moins aux nouvelles orientations de la société et aux progrès de la médecine. Des villas de villégiatures sont transformées pour en faire des meublés, les palaces et grands hôtels inadaptés à la nouvelle clientèle sont vendus en copropriété. A partir de 1993, le thermalisme est en crise et certaines stations sont en déficit : Evaux les Bains, Luchon, Enghien les bains …

Thermes Napoléon, Plombières-les-Bains
Depuis le milieu thermal manifeste la volonté de se moderniser et de nouveaux investissements se font. De nouveaux établissements thermaux remplacent les anciens (ex : Dax en 1982) et la plupart
se repositionnent sur le secteur de la remise en forme (thermalisme non conventionné comme la balnéothérapie). D'autres jouent sur leur glorieux passé et leur aspect patrimonial plus que le thermalisme. Ex : Néris les Bains.

Le patrimoine thermal est mal connu et menacé. 
Seul 3% du patrimoine thermal est inscrit ou classé en Auvergne.
Sur la France, le % est encore moindre. 
En tout 31 établissements thermaux sont protégés en totalité ou en partie. 

Les villes thermales étaient conçues comme des villes idéales pour réparer les méfaits de la ville industrielle, guérir le corps malade et lui donner les bienfaits du confort et du bien être. 
Chaque station a ses particularités et ses originalités. 


L'Hôtel du Parc hier...
...et aujourd'hui!
Militons pour leur sauvegarde!
Apprenons à rêver rien qu'en les regardant! Sauvons l'hôtel du Parc! 

David Poujol, délégué Gironde.

Pétition en ligne

Article Presse

Bibliographie :
Architecture thermale - CAUE Allier
Architecture des villes d'eaux - Bernard TOULIER
Architecture des loisirs en France dans les stations thermales et balnèaires - Bernard TOULIER

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